Monsieur le Président,
Avec tout le respect que je dois à l'institution que vous incarner, je vous demanderais un peu d’attention.
D’avance veuillez recevoir mes excuses les plus plates.
Monsieur le Président,
Je vous écris cette lettre avec une chose à l’esprit : j’avais, pendant de longues années, estimé que votre attachement à la démocratie était plus fort que votre amour pour le
pouvoir. Aujourd’hui, après sept ans de règne, je doute de votre dévotion à notre idéologie commune, celle que vous avez toujours incarné. Je vous adresse cette requête pour vous interpeller sur
les risques de destruction sociale auxquels votre soif de faire payer à des Sénégalais le prix de leur opposition. En le faisant, je compte également prendre à témoins nos compatriotes épris de
droit et de justice.
Président, je vous fais part de ma grande indignation face à vos déclarations concernant la reprise des poursuites judiciaires contre tes adversaires
politiques, comprenez ma position Je suis Sénégalais, j'aime mon pays, j’aime la démocratie et je vous admire.
Depuis votre accession à la magistrature suprême, votre entourage et vous-même ne cessez de désigner des adversaires, voire des ennemis. Vous
êtes, en permanence, dans une logique d’affrontement, en vous fabriquant, en fonction des contingences du moment, des boucs émissaires. La vibration que vous créez et dégagez de cette manière est
négative. Elle est construite sur la réaction plutôt que l’action. Elle implique une posture de défensive et n’appelle aucunement la définition d’une approche proactive en termes de bonne
gouvernance.
Monsieur le Président, les Sénégalais vous ont donné un second mandat, pour rassembler tout le monde et travailler d’avantage pour combattre la
violence, la corruption, l'injustice, en un mot l'anarchie institutionnelle. Mais non, à peine élu, vous commencez votre mandat par des menaces de poursuites judiciaires, laissant avancer la
dictature en lieu et place de la démocratie.
Président, ne le prenez pas comme une offense, mais moi aussi je crois en la démocratie, je crois en la république, la vraie car c’est le rêve
d'un citoyen.
Notre pays monsieur le Président serait en paix avec elle-même que si, vous entrevoyez de sauvegarde l’unité nationale comme une valeur cardinale au-dessus de toute autre
considération politique.
Excellence, ne pensez point qu’à votre maintien au poste de président de la République et au confort douillet qui s’y rattache. Ceci vous amène à
prendre des positions maximalistes, ce qui nous éloigne de toute lueur d’espoir quant à une démocratie véritable. La logique de confiscation du pouvoir par votre famille dans laquelle vous voulez
engagé notre pays à travers l’intronisation de votre fils aboutira au pourrissement de notre nation avec, en prime, la déstructuration du tissu social, l’annihilation des valeurs
morales.
Monsieur le Président, la corruption, le chômage, et la précarité ont engendré la violence et les inégalités. La Discrimination politique, à
l’embauche, à l’emploi, a provoqué la fuite des cerveaux sans avenir et sans espoir.
Monsieur le Président,
Dans les mentalités, la troisième république vient de naître, les Sénégalais ont compris. Cette troisième république attend vos actions dans beaucoup
de domaines.
Malheureusement, votre gouvernement pléthorique risque de plonger le pays dans le chaos économique, incapable de discernement, incapable de vents
nouveaux, vos ministres Monsieur le Président n'ont jamais proposé un projet de reforme ministériel ce qui prouve leur incapacité à concevoir et à imaginé.
Le peuple a besoin de solutions, non de mensonges.
Le pays a besoin d’un nouveau vent, celui de l’espoir, de la vertu, un vent plus tolérant.
Le peuple dans sa majorité ne veut pas d'école politicienne pour prétendre à un poste, mais plus d’égalité de chance et plus de partage
en ses fils.
Monsieur le Président de la peur découle la haine, les luttes politiques sont loin
des valeurs républicaines.
Il est vrai que vos rapports avec les leaders politiques doivent épouser l’air du temps c’est vrai ! Mais aujourd’hui, ce qui nous préoccupe, c’est la mobilisation de toutes
les forces vives de la nation pour développer notre pays. Si nous convenons que vous deviez dépoussiérer vos relations avec les leaders politiques, vous devez savoir que cela ne saurait se
faire avec des menaces d’emprisonnement qui sont des principes et méthodes relevant d’une dictature étatique. Une telle exigence, aussi pertinente qu’elle soit, ne saurait vous servir de prétexte
pour masquer vos faiblesses dans la gestion du pays au quelle votre parti est confronté.
L’Histoire ne se répète pas Monsieur le Président. La période des Kabila, Eyadema est révolue. Elle ne peut être recréée pour justifier a posteriori des intérêts politiques portant sur la
confiscation du pouvoir d’Etat par une famille. Par ailleurs, vous ne rendez aucun service à vous-mêmes et à vos enfants. Vous devez, dans la dignité, sans complexe et sans vindicte, assumer
votre histoire. Vous devez le faire en ayant à l’esprit le respect dû au peuple Sénégalais qui vous a élu.
Dans le dialogue avec les chefs de partis et dans un élan d’ouverture, de tolérance et de partage, le Sénégal s’est construit, avec Senghor en s’appuyant, en grande partie, sur un programme
d’éducation et de formation de sa jeunesse. Avec des ressources naturelles inexistantes, il a mis l’accent sur le développement de l’agriculture et des ressources humaines. L’éducation et la
formation de la jeunesse avec, à l’arrivée, des cadres dans toutes les institutions internationales, voilà la voie du véritable combat, en lieu et place de menaces faites d’invectives vis-à-vis
des opposants.
On ne le dira jamais assez, le développement est d’abord mentale et porte sur un effort prenant pour objet le comportement des hommes pour créer, au sein de nos sociétés, un nouveau type de
citoyens, qui s’assument pleinement, en étant conscients de leurs attributs intrinsèques, mais également de leurs limites. Un tel projet s’entreprend dans la durée et a pour enjeu la
transformation des mentalités et de la structure sociale d’un pays.
Sur le plan politique, le Sénégal s’est essentiellement bâtie dans un esprit de compromis, en ayant pour boussole la recherche du consensus et pour levier la pratique du dialogue. Ce travail a
été accompli progressivement à travers l’organisation de son corps social dans un effort de reconditionnement
socio-psychologique et dans sa quête permanente de régulation sociale.
Le Sénégal est un idéal qu’il faut sans cesse bâtir dans l’honnêteté, la transparence, l’altruisme et dans la paix et le respect des différences
idéologiques.
Monsieur le Président,
Ces quelques notes qui suivent sont les conseils (excusez-moi) des avis d’un fils à son Père. Un Père qui à un moment donné de l’Histoire politique de notre pays représentait pour moi un exemple
de courage et de démocrate. Pourrais-je ne plus retrouver ces vertus en ce Père?
Je ne voulais pas faire mienne cette préoccupation. Je continuais de te faire confiance, convaincu que les calculs politiques ne peuvent entacher la
blancheur de ta moralité et ton sens de la Justice. Mais plus le temps passait plus le doute s’installait en moi et inéluctablement la confiance et l’estime se dissipèrent pour faire place au
dédain et au mépris. Je ne te fais plus confiance. Et avec moi des millions de jeunes Sénégalais pour qui vous étiez un symbole. Mais je continue de croire, peut être naïvement, que tu peux
encore te ressaisir.
Le Sénégal que vous dirigez aujourd’hui est à la croisée des chemins. Il est profondément divisé parce qu’une partie substantielle de ses fils se
reconnaît dans l’opposition, alors que des politiciens, dont toi, pour des raisons obscures ne veulent pas accepter cette situation. Vous manipulez la Justice et la population à cette fin. Il
faut que vous cherchiez les raisons de leur opposition. Car le pouvoir est une équation ; gouverner c’est en résoudre les inconnues. C’est –à-dire prévoir et faire à temps les choses
nécessaires pour qu’elles ne se fassent à contretemps. La sagesse, en politique, c’est de faire les révolutions avant qu'elles n’éclatent. C'est faire en sorte que chaque société accouche sans
douleur de son héritière. Pour cela, cultiver la liberté et la justice. Les grands politiques sont les ingénieurs de l’Histoire. Ceux qui savent édifier les régimes à l’intérieur desquels les
citoyens ont le sentiment d’être pleinement et d’avoir assez. Ceux qui savent inventer, greffer sur l’arbre de la tradition les branches nouvelles du progrès. Ceux qui savent garder la société
clairvoyante et libre, respectueuse de ce qui a été et impatiente de ce qui sera. Ceux qui savent oser. En
politique Monsieur le Président, le contraire du courage, ce n’est pas la peur, c’est le conformisme.
Le politique, à l’encontre du politicien, c’est celui qui a le sens du pouvoir efficace. C’est-à-dire de l’autorité, qui est une fonction et de la prudence qui est une
vertu.
Le politique, c’est "le prudent", au sens où les Romains l’entendaient.
Celui qui a l’intelligence d'inspirer assez de confiance aux citoyens pour que son pouvoir ne devienne pas une tyrannie- car tout pouvoir porte en lui
la tentation d’en abuser. Celui qui sait que la conscience du gouvernant est toujours menacée d’être pervertie par les conseils de l'ambition, les mirages de la vanité, l’habitude du mensonge et
le vertige de la puissance. Celui qui a compris que la meilleure façon d'être un vrai maître, c'est d’être un bon serviteur, car l’homme politique le plus important dans un État, c’est le
citoyen. Un citoyen dont il est sage de stimuler la participation maximale aux œuvres de la république. On sait que les gouvernements malhonnêtes sont le résultat des citoyens paresseux. Le
politique, c’est aussi celui qui ne cesse de cultiver dans l'âme du peuple les idéaux nobles, conscient qu'en politique, il faut viser les sommets si on ne veut pas penser bas.
Le politique est un idéaliste pragmatique Monsieur le Président. C’est-à-dire un homme qui a des idées mais qui au lieu de les laisser se dégrader en idéologie, s’applique à les
incarner dans le réel concret. Le politique est à la fois maître à penser et maître à agir. Il allie le regard froid de la lucidité à la ferveur stimulante de l'enthousiasme contrôlé. En
pratique, il est conscient que la persistance à ne pas vouloir ajuster la stratégie et la tactique politiques aux mouvances de la réalité populaire et de la conjoncture générale est la voie
royale vers l’échec permanent Monsieur le Président. Cher Père, gouverner, c’est ordonner. Dans les deux sens du mot : mettre de l’ordre et donner des ordres. C’est aussi coordonner. C’est-à-dire établir un ordre dynamique et fonctionner entre les éléments différents mais
complémentaires de la société. Gouverner, c'est distinguer pour unir. Gouverner, c’est réconcilier monsieur le Président.
Cette lettre Monsieur le Président n'est que la pensée de million de Sénégalais.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l'assurance de mon profond respect.
Idrissa Ben SENE
E. mail : idrissa.sene@yahoo.fr