Mardi 3 juin 2008

Un puissant levier financier qui pèse 460 milliards, soit trois fois plus que les investissements directs étrangers. Cette masse financière contribue à réduire l’immense sphère de pauvreté, de sous-consommation et de sous-alimentation, rurale et urbaine. Le tiers des ménages sénégalais recevant des transferts d’argent de l’étranger « auraient été pauvres s’ils n’en recevaient pas ». C’est le résultat d’une étude menée par la Direction de la prévision et des études économiques (DPEE). Intitulée « Impact des transferts des migrants sur la pauvreté au Sénégal », sur la base des données de 2007,l’étude, estime à 31% le nombre de ménages qui auraient été en dessous de la ligne de pauvreté. Ces transferts qui, dans les circuits officiels, ont atteint le chiffre 460 milliards de francs Cfa par an, ont des effets tout à fait palpables sur les ménages, car ils sont en majorité destinés à satisfaire des besoins de consommation, d’éducation et de Santé. Le document révèle aussi que ’’les transferts de fonds accroissent en moyenne de 59,85%,les dépenses par tête des ménages qui les reçoivent’’, même si la répartition selon les milieux de résidence et le niveau de revenu ’’fait ressortir des disparités au sein des ménages’’. De mon observatoire, un tel flux financier mérite une très grande attention, d’où la nécessité de voir par quelle articulation utiliser cet argent pour autofinancer le plan GOANA « dont les besoins en investissements se chiffre à 331 milliards » au profit des émigrés et de leurs familles, car il faut bien retenir que les 77% des immigrés vivants en Espagne et en Italie viennent des zones rurales. Cette articulation consiste à mettre en place des mesures d’incitation permettant aux émigrés d’investir dans l’agriculture moderne afin de doter la famille restée sur place des moyens de revenus plus stables et plus durables. Cette articulation sera en effet un moyen d’augmenter les revenus de leurs familles, des paysans sous-équipés et de leur redonner la possibilité de survivre, d’investir et de se développer ; de lutter contre la pauvreté et la sous-alimentation rurales ; de freiner l’immigration clandestine, de limiter le chômage ; de relever le niveau général des salaires et des autres revenus ; et enfin un moyen d’accroître les possibilités de recettes fiscales et de dégager des capacités d’investissement qui leur permettront de moderniser l’agriculture. Et il est finalement un moyen d’élargir massivement la demande solvable et de relancer sur un large front la croissance. Naturellement, une telle articulation ne doit pas être instauré sans une une étude préalable de la cartographie des émigrés ainsi, qu’une mise en place de mesures tendant à faciliter les investissements, car ses effets positifs sur le revenu des familles paysannes, sur les salaires et sur les autres catégories de revenus ne seront pas très rapides, alors que, à l’inverse, l’augmentation des prix des denrées alimentaires et les effets négatifs qui en résulteront pour les consommateurs-acheteurs pauvres seront immédiats. La mise en place des mesures d’incitation doit donc être assez rapide pour que, à aucun moment du processus, les période de grâce des investissements ne l’emportent sur les effets positifs de cette mutation, et il conviendra, si nécessaire, d’accorder une aide alimentaire ciblée aux familles productrices les plus pauvres. Une aide alimentaire qui ne peut pas prendre la forme d’une distribution de vivres, mais qui peut, par exemple, prendre la forme de coupons alimentaires, distribués aux familles pour acheter des vivres à prix normal, ce qui doit encourager l’allocation des fonds directs destinés à la consommation vers un investissement productif ; ces coupons pouvant être subventionnés en partie par les budgets publics, des conseils régionaux.

Les mesures d’incitations.
Pour promouvoir une telle articulation, il faut avant tout instituer une nouvelle organisation du code des investissements qui prendra en compte les émigrés et de nouvelles lois sur les importations des véhicules et matériels agricoles d’occasion, dont les grandes lignes (qui devront être précisées si on en retient le principe) seraient les suivantes : Établir de vastes zones cultivables sous forme de bail étatique avec des conditions de mise en valeur agricole d’une durée de deux ans sous peine de retrait de la licence d’exploitation agricole. Protéger ces investisseurs agricoles contre les importations d’excédents, à prix cassés, par des droits de douane ajustables, de manière à obtenir des prix intérieurs stables et suffisants pour permettre aux paysans les moins productifs des régions les moins favorisées de vivre de leur travail et même d’investir et de se développer. Exonérer les droits de douanes sur les véhicules agricoles d’occasion « tracteur et autres » et augmenter de 8 ans l’age des véhicules de transport importés, destinés à l’exploitation. Exonérer d’impôts sur l’exploitation pour une période de allant de 5 à 8 ans selon la région d’implantation, cela permettra aux agriculteurs de renouveler le matériel d’exploitation et éventuellement amortir les emprunts à moyen terme. Établir une taxe foncière différentielle plus ou moins lourde pour les régions avantagées, nulle ou négative pour les régions désavantagées, pour réduire les écarts de revenu agricole qui ne manqueront pas d’exister entre les différentes régions. Établir un impôt sur le revenu agricole progressif, et instaurer une loi anti-cumul limitant la superficie des exploitations agricoles à la superficie exploitable, pour réduire les écarts de revenus qui existerons entre les exploitations agricoles bien dotées et les exploitations démunies. Ce nouveau mode de régulation doit permettre de stopper l’appauvrissement extrême allant jusqu’à la sous-alimentation des paysans les plus démunis. Enfin, doter l’ISRA « institut sénégalaise de recherche agricole » des moyens de la recherche publique nationale vers les besoins des régions et des exploitations agricoles pauvres. Au regard de cette analyse, les statistiques des dernières décennies ont montré que, plus de 4.000 milliards ont été envoyé au Sénégal par les immigrés pour les besoins de la consommation directe. Cependant, pour la réussite du plan GOANA, il est impératif d’associer la plus grande partie d’émigrés qui, constituent la plus grande banque sociale qui inconsciemment passent tout leur temps à éradiquer la pauvreté et la sous-alimentation. Ainsi, pou relever la demande solvable du plan GOANA l’État doit mettre en place des mesures d’accompagnement pouvant inciter les émigrés à investir dans ce projet, c’est-à-dire organiser et réguler les opportunités de manière vivable pour tout Sénégalais vivant au Sénégal ou à l’étranger. La question n’est donc pas de choisir entre les émigrés et les ceux qui vivent au Sénégal, mais de choisir entre une démarche aveuglément libérale, mettant en marge la chance de certains, et une démarche réfléchie, organisée et régulée, profitable à tous, qui devrait recevoir un large soutien.

Idrissa Ben SENE

Par Bensen - Publié dans : Réflexions
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