Un avis au service de la nation
Quand, hier soir, j'ai fini d'écouter la
folle et tonitruante déclaration de ce fou du roi qui le devient de plus en plus, je me suis rappelé le livre de Monsieur Cheikh Diallo et me suis reporté immédiatement au portrait croustillant
qu'il fait de cet individu-là. C'est au chapitre 4 (pp. 143-149) de la troisième partie. D'emblée, on se fait une idée du truculent personnage, qui est « une montre réglée sur celle de son mentor
». M. Diallo signale que ce fou furieux a deux problèmes dans sa vie : « Le premier est de savoir quand il commence, le second est de savoir quand s'arrêter. » Et M. Diallo, proche des Wade et de
leurs proches d'ajouter : « Maître Abdoulaye Wade est la solution à ses deux préoccupations (et) c'est pour cette raison que chaque matin, avant d'aller dans son cabinet, Farba Senghor va d'abord
aux instructions chez le maître (….) » .
M. Diallo fait également dire à l'« élément hors du commun » ce qui suit : « Je ne me contente pas seulement de faire ce qu'il (Me Wade, ndlr) me demande. Je le fais vite et bien. Je passais
toute ma journée au Point E et une partie de la nuit aussi. Il m'arrivait de faire la navette entre le Point E et l'Assemblée nationale pour transmettre des courriers et des instructions du
secrétaire général du PDS aux députés de notre groupe parlementaire (….) » . Voilà Farba Senghor, garçon de course avant le 19 mars 2 000. Au lendemain de cette date historique, il passe sans
transition de l'enfer au paradis. Il en perd carrément la tête et se distingue, depuis lors, de plus en plus par ses frasques. Conseiller du président de la République, il organise une bruyante
marche non autorisée contre le Préfet de Dakar. Il « donne le tournis à tout le monde, infatigable et tourbillonnant », assène M. Diallo.
Quoi de plus normal donc que cet individu-là, qui devrait avoir du mal à trouver un poste de chef de cabinet, ait le comportement que nous lui connaissons aujourd'hui ? Tour à tour Ministre de la
Solidarité nationale, de l'Agriculture et des transports aériens, il a régné et continue de régner sur des ingénieurs de haut niveau et de toutes catégories, pour lesquels il n'a aucun respect.
Il ne sait plus se retenir et intervient de façon intempestive dans les autres départements ministériels et traite, à l'occasion, publiquement un de ses collègues d'incompétent. M. Diallo
rappelle que, devant « son énergie exceptionnelle », son maître avait prévenu devant un groupe de responsables de son Parti : « Je peux nommer qui je veux comme ministre. Même Farba ! ». Et «
c'est fait depuis 2 004 ».
Ce fou du roi n'est donc pas le problème. Le vrai problème, c'est le roi, c'est Me Wade qui lui a donné tant de pouvoir. Wolof Njaay dirait « xama tul lu ko të », ou encore « dafa kaanu ». En
d'autres termes, il est grisé par le pouvoir qui lui a tourné la tête. Nous l'avons entendu à plusieurs reprises traiter les chefs religieux de tous les noms d'oiseaux. Aujourd'hui, il menace de
représailles ceux d'entre eux qui oseraient prendre part aux Assises nationales. Il en a menacé d'autres, mais c'est sur les menaces de ceux qu'on appelle communément les chefs religieux que nous
allons nous arrêter un peu.
Ces gens-là, du moins nombre d'entre eux, perdent de plus en plus de leur crédibilité. C'est comme si l'avènement de l'alternance les avait mis à nu. Á l'occasion des émissions interactives, ils
sont couverts d'injures. Pourtant, quelques dix à quinze années auparavant, personne n'aurait osé prononcer le moindre propos malveillant à leur endroit. Et la faute leur incombe totalement : ils
paient cash le fruit de leur cupidité. Avec sa « générosité » déferlante et dévastatrice, Me Wade les a profondément discrédités.
La presse a même fait état, ces temps derniers, de pressions que Me Wade aurait essayé d'exercer sur le Khalife général des Mourides, après qu'il a reçu Idrissa Seck. Vrai ou faux ? Je n'en sais
rien. Ce que je sais, par contre, mon souhait le plus ardent, plus exactement, c'est que les foyers religieux, et principalement Touba et Tivaouane, fassent montre davantage de retenue, dans ce
différend qui oppose le « père » et le « fils d'emprunt ». Sans doute, attend-on des chefs religieux qu'ils soient des régulateurs sociaux, des médiateurs chaque fois que de besoin. Cependant,
pour jouer efficacement un rôle de médiation entre deux protagonistes, il faut maîtriser les tenants et les aboutissants de leurs différends. Or, Me Wade a dit publiquement aux membres d'une
délégation de Rèew mi qu'il recevait en audience, qu'ils ne savent rien de ce qui l'oppose à Idrissa Seck, ni eux, ni personne d'autres ; que les deux seules personnes qui savent, c'est lui-même
et son « fils d'emprunt ».
Alors, comment, dans ces conditions-là, un chef religieux tant soit peu soucieux de sa crédibilité, de maandute, peut-il prendre le risque de faire la médiation entre ces deux là ? Leur
différend, c'est désormais connu même par les oiseaux : c'est l'argent, beaucoup d'argent. C'est ce fameux butin dont Idrissa Seck disait très tôt que c'est lors de son partage que les bandits de
grands chemins se disputent. Ce butin qui ne peut être que l'argent du contribuable ou celui de la corruption, ou les deux à la fois.
Ces deux compères ont fini de nous convaincre de leur incrédibilité. Aucun guide religieux digne de ce nom ne devrait se mêler de leurs querelles interminables de milliards. Il est vrai qu'ils
savent tous les deux se montrer particulièrement « généreux ». L'étaient-ils avant le 19 mars 2 000 ? D'où viennent les centaines de millions qu'ils distribuent à bout de bras ? Chaque année, le
« père » surtout envoie des centaines de pèlerins à la Mecque. Tous ces gens-là reviennent-ils avec l'espoir que leur pèlerinage a été agréé ? Ce pèlerinage obéit quand même à un certain nombre
de principes, dont le moindre est que l'argent qui l'a permis soit gagné à la sueur de son front, ou même, quand il provient d'un don par exemple, que ce don soit d'origine licite. Or, aucun des
chefs religieux qui bénéficient de la « générosité » des deux compères ne peut garantir le caractère licite de leurs dons substantiels. Il y a ensuite que, chaque fois qu'un chef religieux reçoit
de l'un des protagonistes 50, 60, 100 millions ou une 4x4 rutilante, c'est au détriment d'un gros village dont les populations pourraient bénéficier, à la place, d'un forage, d'un centre de
santé, d'un collège, d'une piste de production, etc.
Nos chefs religieux devraient donc, comme je l'ai indiqué plus haut, faire montre de plus de retenue vis-à-vis de Me Wade, de son « fils d'emprunt » et de leurs querelles de milliards. Ils
devraient surtout relever le défi de ce tonitruant fou du roi, qui se croit vraiment sérieux maintenant. Sa déclaration d'hier comme la position de nombre de ses frères et sœurs de part, copiée
sur celle de leur maître, sont les signes évidents d'une monarchie absolue rampante qui guette notre pays. Jusqu'à son dernier souffle – pour paraphraser l'autre - Me Wade s'accrochera au
pouvoir.
Et il fera tout pour nous imposer son fils biologique, le jour où il ne tiendra plus sur pieds . Il s'y prépare d'ailleurs activement, notamment en torturant et en piétinant sans état d'âme la
Constitution et les autres lois. Pour la réalisation de son sombre dessein, il prend les mesures les plus impopulaires et met à contribution tout compatriote susceptible, par la nature de ses
fonctions, à lui donner un coup de pouce. C'est ainsi qu'il compte en premier lieu sur les chefs religieux et autres porteurs de voix, les Forces de Sécurité, les magistrats, les autorités
administratives etc. Sans doute, y a-t-il mis le prix fort en leur taillant des situations sur mesure particulièrement confortables. Celles-ci, pour confortables qu'elles soient, valent-elles le
pays et son avenir ?
L'histoire de notre pays n'a pas commencé avec les Wade et Idrissa Seck. Elle ne s'arrêtera sûrement pas avec eux. Tous les Sénégalais, toutes les Sénégalaises devraient, malgré leur indolence
légendaire, se rebiffer et se lever comme un seul homme, comme une seule femme, pour conjurer le grave péril qui menace notre pays, et qui est manifestement perceptible dans la déclaration du fou
du roi, comme dans la position générale de la mouvance présidentielle, vis-à-vis des Assises nationales.
Mody Niang
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